REVUE DE PRESSE SUR JUNE ANDERSON





VOIX DE LA LUMIÈRE, JUNE ANDERSON À FLORENCE - 25 mai 2014


Al Maggio Musicale Fiorentino un cambiamento di programma dell’ultimo momento riporta June Anderson in Italia: programma diviso tra chansons francesi e songs statunitensi, con due bis rossiniani. Sempre immacolate l’autorevolezza della belcantista e la simpatia dell’interprete.

Florence (Italie), 25 mai 2014 – Voci magnifiche e servite dal disco, ma anche tradite dal disco stesso. Voci che patiscono lo scherzo di eccedere le possibilità tecnologiche e di risultare dunque non fonogeniche. Càpita spesso ai soprani di coloratura: chi non le ha mai potute ascoltare dal vivo crede forse di recuperare nelle incisioni l’esperienza uditiva di Luciana Serra o di Edita Gruberova; tecnica e stile sono in effetti tramandati in modo attendibile, ma nessuna registrazione è finora riuscita a trattenere il calore timbrico della prima anche nell’arrampicarsi su per la terza ottava, né alcuna registrazione è riuscita a fissare l’emissione alata della seconda, grazie alla quale ogni nuovo suono sembra galleggiare sui precedenti non ancora estinti. È questo il caso anche di June Anderson: già maliosa in disco, dal vivo la sua voce ha una radiosità, un’effusione, un bagliore non alla portata dei microfoni, e che mai potranno essere immaginati da chi non l’abbia avuta davanti in carne e ossa. Per il vociofilo, così, diviene imperativo inseguirla da un teatro all’altro, anche oggi che la carriera si è assestata su ritmi meno frenetici ed è entrata nella pace di un autunno opulento e sereno.

Qualche santo protettore dei melomani ci ha messo lo zampino: nel cartellone del Maggio Musicale Fiorentino era annunciato, per il 25 maggio nel Teatro Goldoni, un recital del basso Vitalij Kowaljow; poi, a sostituirlo su due piedi, è arrivata la Anderson stessa, portando al séguito il pianista Jeff Cohen e un programma già presentato al Théâtre du Châtelet di Parigi. La ricca serie di brani si divideva in due filoni. Da una parte l’estenuata eleganza delle chansons francesi di Gabriel Fauré (Mandoline, Clair de lune, Les Berceaux, Après un rêve), Claude Debussy (Beau soir, Romance, Regret) e Francis Poulenc (Fancy, Priez pour paix, C, La Dame de Monte-Carlo). Dall’altra lo slancio e il languore dei songs statunitensi di Leonard Bernstein («Dream with me» da Peter Pan e «A little bit in love» da Wonderful Town), Stephen Sondheim («Green finch and linnet bird» da Sweeney Todd e «Losing my mind» da Follies), Kurt Weill («My ship» da Lady in the Dark di Ira Gershwin e Youkali, Tango Habanera di Roger Fernay) e Jerome Kern (Yersterdays da Roberta e «Can’t help lovin’ that man» da Showboat).

Molto Novecento, dunque, per una primadonna celebrata soprattutto nel belcanto italiano ottocentesco di Gioachino Rossini, Gaetano Donizetti, Vincenzo Bellini e Giuseppe Verdi. Qualche punto da sfatare c’è: la Anderson è laureata a pieni voti in lingua e letteratura francese, così da far sembrare meno insolito l’approccio a Fauré, Debussy e Poulenc; come ella stessa ha ribadito in prossimità del recital, poi, per un cantante statunitense intonare i songs di Bernstein & C. è tanto naturale quanto per un italiano intonare canzoni napoletane. Nello stesso tempo, soprattutto tra i francesi emerge la formazione belcantistica nel suo senso più asciutto: l’innato sfolgorio della voce della Anderson tocca ogni brano in modo affine, con uniforme bellezza di suono valida a ogni fine estetico ed espressivo; tutto è riposto nella contemplazione delle note, mentre le parole, anche quando siano firmate da Paul Verlaine o da Jean Cocteau, paiono mero supporto di un discorso musicale più importante. Non è sbagliato: qui il gioco è della Anderson, e le regole sono dettate da lei.

Altra questione e di segno opposto è quella dei songs americani: assestati su una tessitura vocale più mediana e destinati a una fruizione più popolare, in essi la Anderson depone l’astratto involo liberty e gioca tutto sulla parola ammiccante, ironica, viva a costo di stropicciare un timbro tanto immacolato e un legato tanto aristocratico. Come spesso accade, gli assi sono calati al momento dei bis, tra gli applausi devoti di un pubblico sparuto poiché allertato all’ultimo momento: la primadonna torna al trono della grande rossiniana, da una parte porgendo omaggio al capoluogo toscano con l’aria da camera La fioraia fiorentina, dall’altra (e soprattutto) appendendo al proprio canto il sospiro dell’uditorio con la preghiera di Anna Erisso nel Maometto II. Lì, in «Giusto Ciel! In tal periglio», qualche acuto si è fatto più aguzzo rispetto a un tempo, ma i gruppetti sono svolti con una liquidità inarrivabile, e l’autorevolezza d’accento è quella di chi ha dominato le scene al culmine della Rossini-Renaissance. Bentornata, voce di luce!



June Anderson, la divine

Vous souvenez-vous d'Amadeus, le film de Milos Forman? On y voyait entre autres une représentation de la Flûte enchantée, avec une sensationnelle Reine de la nuit : c'était June Anderson, qui n'était pas encore la divine qu'elle est aujourd'hui. Celle qui s'était fait remarquer , quelques années auparavant, en étant la plus jeune finaliste dans l'histoire des auditions du Metropolitan Opera, est devenue une de ces divas que toutes les scènes s'arrachent. Il faut reconnaître qu'elle a tout pour elle : elle est belle comme une star de cinéma et, surtout, elle a reçu le don d'une voix hors du commun, aux aigus levés vers le ciel comme des épées tutoyant le soleil, avec une ressource de souffle assez renversante et une technique époustouflante qui en fait la reine incontestée du bel canto romantique, la seule véritable héritière de Joan Sutherland. Mais comme , de surcroît, elle ne chante pas sans comprendre, analysant ses rôles, du point de vue psychologique autant que du point de vue musical, son chant est empreint d'une intelligence de caractérisation qui confère à chacun de ses personnages une dimension humaine et théâtrale en même temps que vocale - ce qui la situe dans la filiation d'une autre exceptionnelle diva, Callas tout simplement. Passionnée autant que perfectionniste, exigeante autant que généreuse, June Anderson est assurément une des plus grandes chanteuses vivantes : mais ce n'est pas quelque chose qui lui importe. Ce qui la soucie, c'est d'être vraie. En fait, c'est un oiseau rare - mais quel oiseau!

Alain Duault
L'Événement du Jeudi, n°475, semaine du 9 au 15 décembre 1993




DIALOGUES DES CARMÉLITES

de Francis Poulenc, Nice, octobre 2010 - Direction : Michel Plasson - Mise en scène : Robert Carsen

"Une remarquable production des DIALOGUES DES CARMÉLITES à Nice... La classe de June Anderson.... Une grande soirée d'opéra." - Christian Merlin, Le Figaro, 15 octobre 2010



"Les Carmélites ressuscitent Nice..... Il fallait oser confier à June Anderson un rôle aussi éloigné de son répertoire que Madame Lidoine. Pour son grand retour à l’Opéra de Nice, où elle avait débuté en 1985 à l’aube de sa glorieuse carrière dans I Puritani, la diva américaine est étonnante de vérité, de simplicité et de naturel par le ton comme par l’expression." - Monique Barichella, altamusica.com, 7 octobre 2010


"Impériale, visionnaire, belle à se faire damner tous les saints du Paradis, June Anderson chante une rayonnante Seconde Prieure, toute de douceur autoritaire et de bon sens populaire. Conférant de plus au texte un tragique pénétrant." - Christian Colombeau, theatrothèque.com, 9 octobre 2010


"...June Anderson en Madame Lidoine, à la voix généreuse et d’une grande tenue dans un répertoire où on ne l’attend pas..." - Michel Le Naour, concertclassic.com, 10 octobre 2010





MESSA DA REQUIEM de Verdi, à la Salle Pleyel (Paris), 14 mars 2007

Prudente, puis confiante et de plus en plus impliquée, June Anderson a une nouvelle fois surpris par la souplesse et la qualité de son instrument, dont l'ambitus n'a rien perdu de son mordant et de son impact. Très présente dans les ensembles, murmurante et pourtant dominante au cours de l'"Agnus Dei", elle a triomphé des tensions du "Libera me", galvanisée, libérée, suivant ainsi les traces de l'incendiaire Julia Varady, inoubliable en 1999. Quelle artiste !
François LESUEUR, Forum Opéra





NORMA à l'Opéra de Toronto, 31 mars 2006 : "une démonstration remarquable de l'art du chant" (texte en anglais)





THE BASSARIDS de Hans Werner Henze
Théâtre du Châtelet, Paris, 15 avril 2005




LA SONNAMBULA de Bellini
Opéra de Marseille, 7 novembre 2004




DIE FLEDERMAUS
Washington Opera, 6 septembre 2003

Soprano June Anderson sang with warmth and brilliance as Rosalinde, and even delivered the showpiece "Czardas" in Hungarian (the rest of the opera was presented in English).

Tim Page, Washington Post, 8 septembre 2003





LUCIA DI LAMMERMOOR
Athènes, Megaron Concert Hall, 21 février 2002

Depuis ses débuts à Florence, en 1983, June Anderson s'est fait une spécialité du rôle-titre, devenu, au fil des ans, tout à la fois le fil conducteur et le symbole de sa carrière. D'une rare élégance scénique, surtout dans cette production entièrement en noir et blanc, la soprano américaine est la parfaite incarnation de cette fragilité féminine qui trouve sa plus sublime expression dans le personnage de Lucia, jeune fille tendre et délicate, soudain capable, sous l'empire de la folie, de commettre un meurtre.
Alors qu'elle se tourne de plus en plus souvent vers d'autres répertoires, June Anderson apporte aux rôles belcantistes qui ont fait sa gloire, un poids et une charge émotionnelle insoupçonnés. Le médium a gagné en robustesse, le grave également, méme si cela ressort avec moins d'évidence, lui permettant de conférer chaleur et pathos à son chant.
Par chance, cette évolution de l'instrument ne s'est pas accompagné d'une perte d'émail dans l'aigu, et la célébrissime scène de la folie demeure aussi spectaculaire que par le passé, avec une variété de coloris et une imagination dans les cadences, notamment dans le récitatif, qui forcent l'admiration. Bref, une Lucia d'anthologie qui, sans rien sacrifier en termes de qualité vocale, a su acquérir une profondeur et une intensité exceptionnelles.

Umberto Fornasier, Opéra International, avril 2002





ANNA BOLENA
Pittsburgh, 20 octobre 2000

Les débuts de June Anderson dans ce rôle légendaire étaient très attendus. Dans une forme vocale particulièrement bonne, elle se montre très à l'aise au premier acte, sans vraiment imposer la vision d'une reine d'Angleterre et des sentiments qui l'habitent. Son Giudici ad Anna n'a pas non plus toute l'autorité attendue.
Mais, dès le début du deuxième acte, ces petites réserves, imputables sans doute à une prise de rôle, disparaissent. Le duo entre les deux rivales est l'un des moments forts de la soirée, et la scène finale atteint à une véritable grandeur.
ANNA BOLENA compte sans doute parmi les créations les plus accomplies de June Anderson à ce jour : dominant de bout en bout la tessiture, sa technique impeccable lui permet un remarquable éventail de nuances; son legato est fascinant, et son engagement tragique total.
Quand on songe aux admirables cantatrices qui, depuis les années 1960, ont connu l'échec dans cet ouvrage, la réussite d'Anderson n'en paraît que plus éclatante. Le public l'a d'ailleurs parfaitement senti, lui réservant au rideau final une standing ovation amplement méritée.
À quand une reprise, et un approfondissement du rôle, dans un théâtre européen?

Istvan Bourdon, Opéra International, décembre 2000





LUCIA DI LAMMERMOOR
Barcelone, Liceu, 9 janvier 2000,

June Anderson s'est imposée, le 9 janvier dernier, comme la seule LUCIA de sa génération, au cours d'une soirée qui demeurera l'une des plus abouties de sa carrière. Avec une voix qui s'est élargie dans le médium, une projection plus assurée et des couleurs encore plus sombres, la diva américaine semble recueillir les fruits de sa fréquentation du rôle de NORMA. Déjà, à Genève, dans le chef-d'oeuvre de Bellini, beaucoup avaient remarqué l'extraordinaire travail accompli sur le texte, qu'Anderson faisait revivre en mettant en relief chaque mot.
Sa LUCIA en paraît comme renouvelée, l'interprète ne laissant aucun accent au hasard, sculptant les mots dans une continuité impeccable de la phrase. Non contente de prononcer un italien à faire pâlir ses rivales de la Péninsule, cette Américaine polyglotte comprend la valeur de chaque syllabe, à laquelle elle confère une couleur, une inflexion et une dynamique différentes selon les situations. Sa scène de folie, exécutée devant un public auquel elle ne laisse aucun répit, devient un authentique moment de tragédie, sans rien perdre de sa virtuosité : comme avec Callas, le théâtre reprend tous ses droits, sans jamais nuire à la musique. Et, comme avec la Callas de la deuxième moitié des années cinquante, cette démarche s¹opère parfois au détriment de l¹extrême aigu, légèrement plus serré et tendu qu¹autrefois.
En réalité, pour la première fois depuis la révolution esthétique opérée par la Divine, une chanteuse ayant parfaitement assimilé sa leçon va encore plus loin que sa maestra, en s¹affirmant tout aussi moderne qu¹elle en son temps. Disant adieu aux cocottes que tout un public, hélas, persiste à vénérer, Anderson, l¹une des plus admirables techniciennes de notre époque, intègre texte et musique en un lieu si subtil, que la fameuse interrogation de Richard Strauss dans CAPRICCIO trouve enfin sa réponse : ³ni prima, ni dopo, mais musica et parole parfaitement insieme.
Face à une Lucia aussi moderne, que les multinationales du disque ont scandaleusement négligée au profit d¹interprètes ne lui arrivant pas à la cheville, il aurait évidemment fallu des partenaires capables de tenir le même langage.(...)

Sergio Segalini, Opéra International, février 2000





Festival de Baalbeck
June Anderson : une diva chez Bacchus
Une prestation remarquable et une voix enchanteresse.

Au Temple de Bacchus, l'ivresse hier soir n'était pas au vin mais à la voix d'or de June Anderson, épaule nue et vaporeuse écharpe en mousseline couleur saumon flottant au vent. Présence de diva et atmosphère éthérée avec une cantatrice qui perpétue, par sa splendeur vocale et la sûreté de sa technique, le pur miracle des «stars» du bel canto. Les colonnes du temple généreusement éclairées avaient resserré leur rang dans un attentif garde-à-vous en hommage à une voix enchanteresse. Accompagnée au piano par Jeff Cohen, la cantatrice a chanté un répertoire lyrique assez étendu allant de Cesti à Bernstein en passant par Scarlatti, Paisiello, Rossini, Verdi, Liszt, Bizet, Poulenc et Weill. Moments merveilleux où l'auditoire a retenu son souffle devant une prestation remarquable et surtout la limpidité d'une voix dont les scintillements rivalisaient avec l'éclat des étoiles qui clignotaient au firmament de la Békaa.
Edgar DAVIDIAN, L'Orient Le Jour, 30 juillet 1999




Au temple de Bacchus
June Anderson : une diva à la voix solaire

June Anderson sur les marches du temple : une héroïne qui nous fait rêver.

Un temple taillé sur mesure pour la reine des cantatrices. Voix de cristal et port de déesse. L'Américaine June Anderson, la dernière enchanteresse en ce temple de Bacchus, qui perpétue, par sa splendeur vocale, sa présence de comédienne, son look de sirène, et la sûreté de sa technique, le miracle du mythe de la Diva Assoluta. En cette fin de siècle, l'art lyrique tout en soulevant des questions et faisant naître des interrogations n'en demeure pas moins d'un immense pouvoir de fascination surtout grâce à des cantatrices, telle June Anderson justement, qui enivrent les auditeurs de leurs vocalises et de leur personnage.
Pour les festivaliers d'Héliopolis, la «diva», épaules nues et vaporeuse écharpe en mousseline couleur saumon flottant au vent, a établi un programme de rêve conciliant les partitions les plus diverses, mêlant passion, sensibilité, élégie, rêverie, tension, soupirs, pathos et même panache. Conciliation groupant sous son aile un vaste registre allant des uvres du XVIIe siècle à celles contemporaines où se rangent les pages de Cesti, Scarlatti, Paisiello, Rossini, Donizetti, Liszt, Bizet, Poulenc, Weill et Bernstein.
Premières mesures, premiers accents avec In torno all'idol mio (tiré d'Orontée, reine d'Égypte) de Cesti, auteur à succès de l'école vénitienne, qui a montré la même recherche que Monteverdi dans la peinture de ses personnages et dont le principal souci était de «ravir» le public. À la fois air équilibré et multipliant les traits de virtuosité vocale, ce passage a rempli le temple de Bacchus des éclats solaires d'une voix pure et ductile. De Naples où le bel canto forgeait ses premières armes, on retrouve le Gia il sole dal Gange, de Scarlatti, qui mit à l'honneur les célèbres «aria da capo» en trois parties, la première étant reprise pour terminer. Léger changement d'atmosphère avec Il mio ben quando verra de Paisiello authentique père de l'opéra bouffe, où à part l'aspect «chantant» du passage, on savoure l'invention mélodique et la rythmique de celui qui influença aussi bien Cherubini que Bellini. Un bond en avant et nous voilà aux premiers strapontins de l'uvre de celui qui marqua au sceau d'or l'art du bel canto : Rossini. De L'invito à La floraïa fiorentina, en passant par La promessa, la musique du maître de Pesaro est pétillante, pleine de verve, habitée de naturel et d'une décapante fraîcheur. Sans oublier la souplesse de la mélodie, l'efficacité des modulations, l'opulence de l'harmonie et surtout la clarté de l'accompagnement. Ici en l'occurrence Jeff Cohen qui secondait admirablement la cantatrice. Dans le sillage de Rossini, où dominent charme, piquant, souplesse de la mélodie, vivacité de la narration, on retrouve un passage de l'opéra comique La fille du régiment de Donizetti avec Il faut partir Sans donner l'impression de plénitude ou de perfection du maître de Pesaro, cette musique présente un tour léger où toutefois brille d'un éclat de diamant et inflexions émouvantes la «voce d'angelo» de June Anderson.
Après l'entracte, place au romantisme avec des textes de Victor Hugo sur une musique de Franz Liszt et de Bizet, marquant ainsi le goût de cette vestale de l'art lyrique pour le répertoire français. Alliance de la poésie et de la musique emportant dans son tourbillon les rythmes et les rimes des alexandrins, des iambes, des décasyllabes Si la musique de Liszt (Oh ! Quand je dors, comment disaient-ils) était empreinte de la grave et ténébreuse méditation des dandys romantiques, celle de Bizet (Adieux de l'hôtesse arabe) brillait par sa vivacité et l'originalité d'une narration où l'orientalisme «sonore» est bien discret mais fort perceptible Pour Poulenc, le verbe chargé d'alcools d'Apollinaire, Voyage à Paris et Hôtel étaient de courtes mélodies mêlant grâce, humour et contours bien tracés. Avec Youkali de Kurt Weill, Allemand émigré en 1935 aux États-Unis et qui écrivit des comédies musicales pour Broadway, on retrouve les deux pôles d'influence qui marquèrent son uvre : les dissonances de Schonberg et l'indépendance des accords et du phrasé de Hindemith. Youkali demeure ce «pays de nos désirs où l'on quitte tous les soucis un rêve» Un rêve d'un feu sacré entretenu par cette voix chaude et voluptueuse, lumineuse et puissante, véritable torrent de lave incandescente d'une stupéfiante homogénéité. Pour terminer de Leonard Bernstein, figure de légende de la musique américaine et auteur célèbre de West Side Story, voilà Glitter and be gay. Un langage musical aux racines multiples empruntant aussi bien au jazz, aux songs, à la musique religieuse comme à la musique populaire, à Stravinski comme à Richard Strauss Infatigable défenseur des libertés individuelles, Berstein a touché le plus vaste public et la voix d'Anderson nous le fait redécouvrir, absolument moderne et humain.
Le public subjugué a fait, à très juste titre, un triomphe à June Anderson qu'il ovationna très longuement et debout. De toute évidence, les deux bis gracieusement honorés n'étaient pas suffisants. Ce samedi, on la retrouvera au temple de Jupiter, avec l'Orchestre philarmonique d'Arménie. Elle ne sera pas seulement ce rossignol qui eut pour professeur l'âme de Mozart, mais aussi une de ces héroïnes qui nous font tant rêver

Edgar DAVIDIAN, L'Orient Le Jour, 31 juillet 1999





I LOMBARDI ALLA PRIMA CROCIATA de Verdi

[...] quel plaisir de retrouver le tenorissimo [Luciano Pavarotti] à sa vraie place plutôt que dans un stade. À ses côtés deux autres stars du circuit international et -heureux choix - spécialistes du bel canto romantique : June Anderson et Samuel Ramey.
De la première, confrontée à l'exigeant soprano drammatico d'agilita de Giselda, on notera la palette de couleurs («Qual prodigio!...Non fu sogno») et l'impact dramatique qui font d'elle l'une des seules Giselda possibles d'aujourd'hui.
[...] En bref, cet enregistrement de I Lombardi s'impose aisément, aucune des deux précédentes versions de studio n'étant convaincante [...]

Philippe Thanh, Répertoire des disques compacts, novembre 1997



[...]Le quator réuni par Decca n'accuse aucune faille.[...] June Anderson, pour sa part, n'a aucun mal à éclipser une redoutable Maria Vitale (Cetra), une Cristina Deutekom remontée comme un mécanisme d'horlogerie (Philips), une Aprile Millo hors propos (Legato) et une Ghena Dimitrova s'abandonnant à des hurlements véristes (à la Scala, en 1984, avec Carreras, en vidéo chez NVC). Corrigeant mieux que Renata Scotto (à Rome, en 1969, avec Pavarotti), un vibrato assez large, dotée d'une musicalité infaillible, la soprano américaine est sans doute la première, dans l'histoire du disque, à chanter toutes les notes du rôle de Giselda (Callas elle-même enregistra les deux airs principaux beaucoup trop tard, allant jusqu'à interdire la publication de la Prière).
Dans la grande scène "No, no giusta causa non è Iddio", Anderson trouve l'équilibre entre virtuosité belcantiste et expression dramatique (là où Scotto avait tendance à charger les effets). Mais c'est surtout au quatrième acte, dans "O prodigio", que la technicienne se révèle incomparable, nous permettant enfin d'entendre exactement ce que Verdi a écrit[...]

Sergio Segalini, OPÉRA INTERNATIONAL, novembre 1997, n°218





LUCIA DI LAMMERMOOR, Milan, 25 septembre 1997

[...]Le couple June Anderson-Giuseppe Sabbatini a enflamé, à juste titre, les spectateurs. Couverte de fleurs au rideau final, la soprano américaine s'est révélée, une fois encore, la seule Lucia plausible de sa génération, le ténor italien poussant toujours plus loin le raffinement dans son incarnation d'Edgardo.
La Lucia d'Anderson est trop connue pour que l'on en redise ses mérites. Au fil des ans, la voix a gagné en épaisseur et en volume, les dix représentations de Norma données à Chicago, l'hiver dernier, lui ayant sans doute conféré une couleur et une vigueur dans l'accent encore plus proches du véritable drammatico d'agilità. Moins virtuose qu'au Met ou à la Bastille, Anderson joue davantage sur les contrastes forte/piano, obtenant des effets saisissants dans l'air d'entrée et le duo avec Enrico. Dans la scène de folie, elle tourne résolument le dos à l'oiseau mécanique, récemment illustré par les Mariella Devia, Luciana Serra et autres coloratures étrangères à ce type de vocalità, pour intégrer, telle Callas, la moindre cadence à un contexte dramatique où chant, geste et expression ne font plus qu'un.[...]

Sergio Segalini, OPÉRA INTERNATIONAL, novembre 1997, n°218





NORMA (Bellini) au Lyric Opera de Chicago, 6 février 1997

À Chicago, Norma est un titre emblématique, depuis qu'en novembre 1954 il illumina la saison d'inauguration du Lyric Opera, avec Maria Callas en vedette. Depuis lors, le chef-d'oeuvre de Bellini n'est revenu qu'une seule fois à l'affiche, en octobre 1968, avec Elena Souliotis en Norma et Fiorenza Cossotto en Adalgisa. C'est dire avec quelle impatience on attendait la nouvelle production de l'ouvrage, qui marquait également les débuts de June Anderson dans le rôle-titre. Nos espoirs n'ont pas été déçus, tant sur le plan musical que scénique.

Avouons d'emblée que nous avons été surpris par la maîtrise de June Anderson, pour sa première confrontation en public avec un rôle aussi ancré dans le mythe. "Casta Diva" trahit certes des inégalités dans la ligne et quelques duretés dans l'aigu. Mais, au fil de la soirée, la voix s'échauffe, l'interprète trouve son assise et, dès le début du deuxième acte, la soprano américaine se hisse à son meilleur niveau : clarté de l'émission, puissance des accents, souci constant des nuances, dans un mélange irrésistible d'intensité et de dignité.

Lawrence Johnson
Opéra International, mai 1997



GIOVANNA D'ARCO
Festival Verdi à Londres (Covent Garden), 24 juin 1996

[...] La modeste direction d'acteurs n'a apparemment pas gêné June Anderson, dont le timbre, d'une luminosité d'argent, convient parfaitement à cette guerrière farouche qui part libérer la France, poussée à la fois par l'amour qu'elle porte inconsciemment à son roi, et par celui, totalement assumé cette fois, qui l'unit à son dieu. Giovanna d'Arco est surtout connue des mélomanes à travers l'incarnation scénique d'une Renata Tebaldi au style vériste, dépourvue de la souplesse exigée par une partition où se font entendre les derniers échos du bel canto romantique, et l'intégrale de studio d'une Montserrat Caballé au timbre tout aussi somptueux, parfois fort engagée, mais encore trop proche de sa devancière et, comme elle, trop préoccupée par la beauté de son instrument.
Pour la première fois, sans doute, dans l'histoire du chant au XXème siècle, June Anderson respecte la composante virtuose d'une tessiture où certains voyaient presque un soprano lyrique, marquant ainsi une étape importante dans la redécouverte de l'esthétique vocale du milieu du XIXème siècle. Elle nous permet également de comprendre à quel point Verdi, sur le plan de l'écriture vocale, annonce à la fois Amalia d'I Masnadieri (1847), écrite pour les moyens légers de Jenny Lind, et Gilda de Rigoletto (1851), deux emplois qui devaient également aller comme un gant à Patti.

Sergio Segalini
Opéra International, n°205, septembre 1996



Folies pour un réveillon, DIE FLEDERMAUS (La Chauve-Souris)
Metropolitan Opera, New York, 31 décembre 1995

[...] Pour couronner cette soirée de prestige, le Met affichait une distribution que l'on aimerait voir immortaliser en vidéo. En tête, une June Anderson des grands jours qui, tout en chantant Rosalinde pour la première fois, donnait l'impression d'une longue fréquentation du rôle. Sa voix, d'une santé réconfortante, son jeu, d'un comique irrésistible, laissent présager, par exemple, d'inoubliables Fiorilla. Son allure et son charme, que beaucoup de Veuves joyeuses lui envieraient, ont ravivé le souvenir des grandes soirées viennoises, où Hilde Güden paraît n'avoir trouvé aucune héritière.

Sergio Segalini
Opéra International, n°199, février 1996



La FILLE DU RÉGIMENT, Metropolitan Opera, 4 novembre 1995
Avec Luciano Pavarotti et Michel Trempont

[...] On pouvait penser que Pavarotti ne souhaitait plus s'aventurer dans les contre-Ut de Tonio...et l'on se trompait!
Pour ces adieux à un personnage qui lui a tant porté chance, il a même tenu à conserver la production d'autrefois, appelant à ses côtés June Anderson qui, sans lui, n'aurait certainement jamais accepté d'incarner à nouveau Marie. [...]
Acclamés à leur entrée en scène, Anderson et Pavarotti étaient manifestement très attendus. Elle, n'a rien perdu de son pouvoir de séduction et l'actrice, livrée à elle-même, révèle des dons étonnants de meneuse de revue, avec un abattage et un panache dignes de Crazy For You. Le timbre toujours piquant, l'émission toujours solide, servent admirablement les sommets de ce "pathétique sublime" cher aux compositeurs du bel canto romantique, dans un "Il faut partir" extraordinairement émouvant.

Sergio Segalini
Opéra International, n°197, décembre 1995



I DUE FOSCARI
Festival Verdi à Londres (Covent Garden), 24 juin 1995

De nos jours, quand une cantatrice, pour se "réaliser" et s'affirmer, n'a plus besoin de se confronter à Aida, Tosca ou La Forza del destino, à l'image justement de Gencer ou Ricciarelli, il est enfin permis de retrouver l'exacte couleur et la juste dimension vocale de ces héroïnes du premier Verdi, dont seule Scotto, jusqu'alors, avait su offrir une image éloquente, surtout dans I Lombardi. Des pages très dramatiques, comme la cavatine de fureur au premier acte, ou le grand plaidoyer auprès du Doge, reprennent, avec June Anderson, le chemin du plus pur bel canto. Le désespoir et la rage s'expriment avec cette noblesse d'accent, cette élégance dans le phrasé et ce contrôle du souffle, empruntés par Verdi à Donizetti ou Mercadante, sans rien perdre de l'intensité requise. Et pour la première fois, nous entendons des trilles, des roulades, des staccati, sans oublier ces indispensables cadences dans la deuxième section des cabalettes, et ces extrapolations bienvenues dans le suraigu, selon la meilleure tradition. Scotto mise à part, nous n'avions rencontré pareille précision, semblable adéquation, que chez Sutherland dans ses gravures de jeunesse, notamment son incomparable "Tu del mio Carlo al seno", extrait d'I Masnadieri.

Sergio Segalini
Opéra International, n°194, septembre 1995




LUCIA DI LAMMERMOOR, Paris, 26 janvier 1995

L'Opéra Bastille, qui se veut un théâtre de répertoire, a judicieusement décidé de reproposer cet ouvrage [...] avec June Anderson, la plus illustre titulaire actuelle de la grande tradition de l'ottocento. [...]
La musique retrouve sa place avec l'apparition de June Anderson. Son génie est de rendre plausible, grâce à un jeu incomparablement fouillé, la moindre incohérence, le moindre excès d'une réalisation qui multiplie les effets. Avec une adhésion dramatique que nous n'avions plus rencontré depuis Callas, elle traverse son asile de fous telle une pauvre créature, à laquelle toute forme de bonheur est refusée et qui se réfugie dans la folie en une ultime chance de salut. Avec une émission parfaitement dominée de bout en bout, elle s'abandonne à ces inflexions lunaires et nostalgiques, diaphanes et ethérées, qui mettent à nu l'âme des romantiques et restituent toute la signification du dernier bel canto de Donizetti. Le sublime, tant chanté par Musset, Lamartine et George Sand, immortalisé dans des gravures inoubliables, revit alors sous nos yeux médusés. Mais qu'aurait fait Serban sans la présence d'Anderson, qui se plie à ses moindres caprices, exécute les vocalises les plus périlleuses sur des échelles abruptes et ne se laisse pas perturber par le rythme d'une balançoire, conservant en toutes circonstances la précision du tempo? Avec un jeu exceptionnel, un investissement total dans le rôle, la virtuosité est constamment mise au service de l'expression : la scène de folie n'est plus l'exercice gratuit d'une prima donna avide d'applaudissements, mais l'expression la plus profonde du désespoir et de la douleur. Comment, une fois encore, ne pas évoquer Callas?
Sans Anderson, cette Lucia de la Bastille n'existerait pas.

Sergio Segalini
Opéra International, n°189, mars 1995








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